Journée Plateau, Hors limites 2021

15 octobre 2020 • 09h-17h30

 

Médiathèque Roger Gouhier

 

Au programme :

9h : Accueil & café !

9h30-11h00 : plateau #1 // Chroniques du procès France Télécom

Table ronde avec Éric Beynel, coordinateur de l’ouvrage collectif La Raison des plus forts, et plusieurs auteur·trice·s ayant participé au projet
Animée par Arno Bertina

La raison des plus forts
Chroniques du procès France Télécom
L’Atelier
Paru le 4 juin 2020
Avec les contributions de Patrick Ackermann, Pierre Alferi, Louis-Marie Barnier, Stéphane Bérard, Arno Bertina, Maëlezig Bigi, Isabelle Bourboulon, Patrice Bride, Stéphane Brizé, Fabienne Brugel, Patrick Cingolani, Émilie Counil, Annick Coupé, Thomas Coutrot, Sylvain Creuzevault, Alain Damasio…

Du 6 mai au 11 juillet 2019 s’est tenu le procès France Télécom. Didier Lombard, ex-président du groupe, comparaissait aux côtés de son ancien bras droit, Louis-Pierre Wenès, de l’ex-directeur des ressources humaines, Olivier Barberot, et de quatre autres cadres pour des faits de harcèlement moral ayant conduit à de multiples suicides entre 2007 et 2010. Au premier rang des parties civiles, le syndicat Sud PTT et l’Union syndicale Solidaires, à l’origine de la plainte contre la direction de l’entreprise.

Porte-parole de Solidaires, Éric Beynel a lancé une démarche éditoriale inédite de suivi du procès, conviant chaque jour une personnalité (romancier.ère, chercheur.se, artiste) à rédiger ou dessiner un récit d’audience. Chaque texte constitue un épisode haletant, une plongée dans l’espace ritualisé, tragique, du tribunal.

À gauche les avocat.e.s des parties civiles, à droite ceux des prévenu.e.s, deux fois plus nombreux.ses. Au centre des débats, des hommes, des femmes immolé.e.s, défenestré.e.s sur leur lieu de travail, pendu.e.s à leur domicile. Les dirigeant.e.s de France Télécom paraissent patauger dans leurs contradictions…

pause

11h30-12h15 : plateau #2 // « La gentillesse qu’on leur donne… »

Rencontre avec Lucie Rico
Animée par Sophie Joubert


Le Chant du poulet sous vide, P.O.L
Paru en mars 2020

La mère est morte. Sa fille, Paule, revient à la ferme et à son élevage de poulets. Citadine, elle se retrouve à devoir s’occuper d’eux, les tuer et les vendre au marché. Quitte à devoir négliger son mari architecte. Mais en mettant à mort les poulets, Paule renouvelle sans cesse le deuil de sa mère. D’autant qu’elle s’attache à eux et ne parvient à les sacrifier qu’en leur rendant hommage, en écrivant leur biographie, en leur créant des stèles. Le roman est ainsi ponctué de biographies de poulet qui deviennent de plus en plus funestes. Paule trouve pour chaque petite bête un caractère. Ces biographies précèdent de peu la mise à mort. Ecrire devient à Paule aussi nécessaire que tuer.
Mais Paule entend améliorer l’existence des poulets. Elle retourne en ville avec un projet d’exploitation révolutionnaire. Le passage à l’échelle industrielle n’est pas sans risque, Paule commence à douter d’elle-même. Prise à son propre piège d’humaniser la viande à consommer, d’écrire des fictions sur les poulets. Le conte que Paule s’est inventé vire à l’absurde. Les personnages principaux du livre deviennent les poulets. Et l’humanité déraille doucement, victime de ses compromis entre son désir fou de consommation et de ses stratégies de dénégation d’une réalité sanglante.

Lucie Rico est née en 1988 à Perpignan. Elle vit à Paris, où elle écrit des scénarios et réalise des films. Le chant du poulet sous vide est son premier roman.

pause déjeuner

14h00-15h30 : plateau #3 // Beyrouth, implosion / explosion

Rencontre croisée entre Camille Ammoun & Dima Abdallah
Animée par Arno Bertina

Octobre Liban, Inculte
À paraitre le 7 octobre 2020

Le 4 août 2020, à 18h07, une immense explosion souffle le cœur de Beyrouth, laissant la ville exsangue et le pays à terre. C’est l’ultime manifestation de l’incompétence, de l’incurie et de la corruption de la classe politique Libanaise. Pourtant, quelques mois plus tôt, le 17 octobre 2019, le Liban connaît une période d’espoir insensé, une révolution.
Entre ces deux dates, Camille Ammoun arpente une rue Beyrouthine transformée en observatoire de la révolution. Octobre Liban est une déambulation où l’auteur décrit les places, les tribunes improvisées, la parole qui circule, les idées qui s’agitent, mais il pointe aussi les signes qui ont menés à ce mouvement. Comme des stigmates, la corruption, les prébendes, les petits arrangements politiques ont laissé leurs traces sur la forme de la ville.

Né à Beyrouth, Camille Ammoun a vécu dix ans à Dubaï. Il travaille sur les questions de résilience et de durabilité urbaine et vit entre Paris et Beyrouth. Lauréat du Prix France-Liban 2019 de l’ADELF

Mauvaises herbes, Sabine Wespieser
Paru en aout 2020

Dehors, le bruit des tirs s’intensifie. Rassemblés dans la cour de l’école, les élèves attendent en larmes l’arrivée de leurs parents. La jeune narratrice de ce saisissant premier chapitre ne pleure pas, elle se réjouit de retrouver avant l’heure « son géant ». La main accrochée à l’un de ses grands doigts, elle est certaine de traverser sans crainte le chaos.
Ne pas se plaindre, cacher sa peur, se taire, quitter à la hâte un appartement pour un autre tout aussi provisoire, l’enfant née à Beyrouth pendant la guerre civile s’y est tôt habituée.
Son père, dont la voix alterne avec la sienne, sait combien, dans cette ville détruite, son pouvoir n’a rien de démesuré. Même s’il essaie de donner le change avec ses blagues et des paradis de verdure tant bien que mal réinventés à chaque déménagement, cet intellectuel – qui a le tort de n’être d’aucune faction ni d’aucun parti – n’a à offrir que son angoisse, sa lucidité et son silence.
L’année des douze ans de sa fille, la famille s’exile sans lui à Paris. Collégienne brillante, jeune femme en rupture de ban, mère à son tour, elle non plus ne se sentira jamais d’aucun groupe, et continuera de se réfugier auprès des arbres, des fleurs et de ses chères adventices, ces mauvaises herbes qu’elle se garde bien d’arracher.
De sa bataille permanente avec la mémoire d’une enfance en ruine, l’auteure de ce beau premier roman rend un compte précis et bouleversant. Ici, la tendresse dit son nom dans une main que l’on serre ou dans un effluve de jasmin, comme autant de petites victoires quotidiennes sur un corps colonisé par le passé.

Née au Liban en 1977, Dima Abdallah vit à Paris depuis 1989. Après des études d’archéologie, elle s’est spécialisée dans l’antiquité tardive. Mauvaises Herbes est son premier roman.

pause

16h00-17h30 : plateau #4 // Portrait de l’artiste en sacré personnage

Rencontre croisée entre Caroline Deyns & Grégory Buchert
Animée par Sophie Joubert

Trencadis, Quidam
Paru en aout 2020

Niki hait l’arête, la ligne droite, la symétrie. À l’inverse, l’ondulation, la courbe, le rond ont le pouvoir de déliter la moindre de ses tensions. Délayer les amertumes, délier les pliures : un langage architectural qui parlerait la langue des berceuses. Aussi vit-elle sa visite au parc Güell comme une véritable épiphanie. Tout ici la transporte, des vagues pierrées à leur miroitement singulier. Trencadis est le mot qu’elle retient : une mosaïque d’éclats de céramique et de verre. De la vieille vaisselle cassée recyclée pour faire simple.
Si je comprends bien, se dit-elle, le trencadis est un cheminement bref de la dislocation vers la reconstruction. Concasser l’unique pour épanouir le composite. Broyer le figé pour enfanter le mouvement. Briser le quotidien pour inventer le féérique. Elle rit : ce devrait être presque un art de vie, non ?

Originaire de Valenciennes, Caroline Deyns vit et enseigne à Besançon. Elle est l’auteure aux éditions Philippe Rey de Tour de plume (2011) et de Perdu, le jour où nous n’avons pas dansé (2015).

Malakoff, Verticales
Paru le 10 Mars

« À déambuler quotidiennement avec ma chapka et mon sceptre, je deviendrai bientôt l’original de Malakoff, celui dont on prend soin de préciser qu’il n’est pas méchant. D’ici quelques semaines, les riverains se mettront à colporter de petites rumeurs à mon sujet : paraît qu’il vit dans les combles du centre d’art, paraît qu’il s’imagine en Russie, paraît qu’il se prend pour un personnage de roman. »
En résidence de création à Malakoff, Gregory Buchert mène l’enquête sur les possibles origines russes de sa ville d’accueil tout en essayant de rencontrer Sam Szafran, figure locale et pastelliste virtuose dont il vénérait les œuvres étant plus jeune. Mais à mesure qu’il s’imprègne des lieux et rédige son journal de bord, l’auteur voit sa personnalité se scinder, l’obligeant à composer avec les errements de son double, tandis que réaffleurent certaines meurtrissures de l’enfance.

Gregory Buchert est né en 1983 à Haguenau, Bas-Rhin, et vit actuellement à Lille. Artiste, il est passé par la Haute École d’Art du Rhin, Le Fresnoy-Studio National des Arts Contemporains et le post-diplôme des Beaux-Arts de Lyon. Consacré pour l’essentiel à la vidéo et la performance, son travail a notamment été programmé au Festival Hors-Pistes du Centre Pompidou, à la Kunsthaus de Bâle, au Magasin de Grenoble, et a bénéficié en 2015 d’une première exposition personnelle à Mains d’Œuvres (Saint-Ouen). Malakoff est son premier roman.